Propos contre la lâcheté ou les ambitions incongrues.

Publié le par Rabelais

Propos contre la lâcheté ou les ambitions incongrues.

            

             S'il est assez facile d'exalter les vertus qui doivent animer l'action du Franc-maçon, il peut être tout aussi utile de réfléchir aux défauts dont il doit se garder. Ainsi les connaissant il saura mieux s'en prémunir et éviter qu'ils ne paralysent son action dans le monde. Il y a quelques temps un F. distingué a attiré notre attention sur la traduction d'un roman de Boulgakov, « Le Maître et Marguerite », roman fantastique écrit pendant l'ère stalinienne. Je ne le résumerai pas, mais Boulgakov y met en présence Ponce Pilate, gouverneur de la Judée avec un certain Iéchoua Ha-Notsri, que le Sanhédrin lui envoie afin qu'il ratifie la sentence de mort qu'il vient de porter contre lui. Plus loin dans le roman, le même Ponce Pilate interroge le chef de sa police secrète pour savoir si le condamné a fait quelques déclarations avant de mourir sur le gibet. La réponse[1] qu'aucun apocryphe ne relate est : entre tous les vices connus chez les hommes, la lâcheté était un des plus grands.

 

             Tel que les évangélistes nous relatent l'interrogatoire du prévenu par Pilate, cette remarque le vise à l'évidence car c'est lui qui a envoyé au supplice Iéchoua, malgré l'avis de sa femme qui selon Matthieu[2] lui fit dire : Ne te mêle pas de l'affaire de ce juste ; aujourd'hui j'ai été très affectée dans un songe à cause de lui. Mais les autorités du Temple qui voulaient sa mort menacèrent Pilate de l'accuser de lèse-majesté auprès de l'empereur. On sait que sur ce point Tibère en aurait certainement pris ombrage et que le procurateur n'aurait pu qu'en pâtir.

             Les autre évangélistes ne font pas mention de l'intervention, vaine de la femme de Pilate, mais insistent tous sur le rôle de la foule qui réclamait sa mise à mort. Pilate la leur accorde pour avoir la paix et éviter d'avoir à réprimer une émeute supplémentaire. Malgré les différences dans les détails du procès que nous donnent les évangélistes, tous disent bien que Pilate tenta de le libérer, mais qu'il y renonça à cause de l'attitude de la foule. Pour Boulgakov, ce fut par lâcheté, dont il fait un grand vice, sinon le plus grand.

 

             A un second niveau, Boulgakov s'adresse à ses contemporains. Il a commencé son roman en 1928, alors que sa carrière d'auteur de théâtre se termine sur ordre de Staline et que l'ère des grands procès va s'ouvrir à Moscou. C'est donc une dénonciation de la lâcheté ambiante, propre à toute dictature que Boulgakov souligne.

 

             Dans sa Divine Comédie, Dante ne considère pas la lâcheté comme un vice digne de l'enfer et ignore Pilate. Toutefois elle est aux antipodes des vertus élémentaires que doit manifester tout franc-maçon. En effet un rituel de réception nous enseigne « que selon toute apparence nus sommes des maçons justes et droits et que l’on nous recommande de toujours nous conduire comme tels ». Se taire peut être lâche et il est des moments où il faut savoir prendre la parole quoiqu'il en coûte. A un degré moindre, le silence et l’abstention peuvent être non assistance à personne en danger.

 

             Le combat contre les trois mauvais compagnons, l'orgueil, l'ambition et l'égoïsme est en premier lieu un combat intérieur. Nous luttons d'abord contre nous- mêmes, nos mauvais penchants, Mais ce n'est que lorsque ce combat est sur le point d'être gagné, que nous avons débusqué les ennemis, que nous pouvons les combattre efficacement.

 

             Ainsi ce vice nous concerne tous, mes FF. Franc-maçon. N'oubliez jamais que nous sommes appelés à combattre et comme nous l’intime un autre rituel : pour faire régner les vertus qui naissent de la foi, de la charité et de l'espérance. (Communes à tous les rites) Mais ce combat est difficile, pénible, voire dangereux et nous sommes toujours tentés de ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire pour préserver notre quiétude. Nous avons souvent de bonnes raisons pour flatter nos vices, être lâche pour ne pas dénoncer l'imposture, être lâche pour fuir le combat.

 

             Pour terminer je souhaite que chacun d'entre nous, inspiré par ces vertus se porte à l'aide de ses FF. qui souffrent aujourd'hui et sache leur montrer les sentiers de la vertu et de l'honneur

 

                                                                              

                                                                                      D’après un Éminent Frère

                                                                                      Adapté par CORTO M.

 

P.S. : toute ressemblance avec des personnages connus n’est pas fortuite. (Corto M.)



[1]    Le Maître et Marguerite, IIème partie, chapitre XXV, page 717 de l'édition de la Pléiade ISBN 2-07-01138-2

[2]    Matthieu, chapitre 27, verset 19

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