songe de printemps

Publié le par Rabelais

SONGE DE PRINTEMPS

 

 

 

Ah ! S’il pouvait s’éveiller enfin ! Sortir de ce sommeil aveugle où cette ivresse l’a plongé.

S’il pouvait comprendre qu’il n’entend pas les trompettes de sa destinée, non plus que le bourdon des cloches de Notre Dame où il serait couronné roi, que dis-je, sacré empereur !

 

Enfin ! Comment lui faire comprendre que ces bruits qu’il perçoit dans son sommeil d’inconscient ne sont que les cliquetis des grelots des pitoyables breloques que sont devenus les hauts symboles de la charge sous laquelle il ploie ! Ce malheureux n’a pas la pensée claire.

 

Quant aux amis (moins nombreux qu’avant) qu’il rassemble, ce ne sont que de tristes rapaces qui profitent d’une sordide aubaine toute provisoire.

 

S’il voulait entrer dans l’Histoire de la Franc-maçonnerie, il y est parvenu. On ne se souviendra pas de lui. C’est sa seule réussite !

 

Quant à moi, je rêve aussi et m’enivre d’une pensée joyeuse et triste à la fois, car malgré tout, je parle de frères. Je rêve qu’il s’éveille, rassemble ses proches, ses fidèles et qu’il leur dise ces quelques vers choisis parmi ceux d’un poème de Baudelaire :

 

« Aujourd’hui, date fatidique,

Nous avons, malgré tout ce que nous savons,

Mené le train d’un hérétique.

Nous avons, pour plaire à la brute

Insulté ce que nous aimons,

Et flatté ce qui nous rebute,

Salué l’énorme bêtise,

Baisé la stupide matière

Avec grande dévotion.

Enfin, nous avons, pour noyer

Le vertige dans le délire,

Bu sans soif, mangé sans faim !

Vite, soufflons la lampe, afin

De nous cacher dans les ténèbres ! »

 

 

Voilà, c’est mon rêve.

 

Partez, Monsieur Stifani, emmenez vos amis.

Laissez-nous porter notre pierre, laissez-nous à notre modeste charroi.

 

 

 

                                                                                              Magdiel de Moré.

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